Destinées Réversibles / sur une proposition de Clément Dirié
avec :
Sylvie Barré, Anahita Bathaie, Laurence Cathala,
Anthony Musso, Pascal Poulain & Sylvie Sepic

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L'exposition s'est déroulée du 13 au 20 avril 2008
Le vernissage s'est déroulé le 13 avril 2008
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Exposition à La Générale :
La Générale en Manufucture
6 Grande rue
92310 / Sèvres
http://www.lagenerale.org
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Texte : Clément Dirié
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Une oeuvre d’art n’est pas monolithique.
Ne pas être monolithique, c’est permettre l’équivocité, les interprétations,
les passerelles entre les approches et les questionnements. C’est s’autoriser
des destinées réversibles, croiser les territoires. L’absence d’uniformité dis-
tingue assurément l’art des formes qui s’en approchent ou le singent. Elle lui
offre sans doute ses meilleures expressions. En 1995, deux architectes, égale-
ment artistes et poètes, Arakawa & Gins, créent à Yoro Park, près de Kyoto,
le Jardin des Destinées Réversibles. Celui-ci, oeuvre d’art et architecture, est
conçu comme un vaste espace liant l’être humain à son monde interne et
à l’univers, comme un lieu microcosme et macrocosme, où aucun élément
n’est lisible, visible, compréhensible en dehors de son réseau.
Les oeuvres regroupées ici partent aussi de ce principe : être à la croisée
de champs d’expressions, matérialiser une hybridation entre une forme plas-
tique et une forme autre, devenir le lieu de plusieurs approches. Et s’enrichir,
par conséquent, des interactions. De fait, elles créent ensemble un territoire
particulier de l’art, accroché aux murs, étendu au sol, s’immisçant par l’ouïe
et l’intellect. À partir d’une question cruciale, celle de l’espace et du terri-
toire, traitée aux sens géographique comme métaphorique, les oeuvres met-
tent en forme et spatialisent des textes, des pensées, des conflits, des
images... Et rappellent que l’oeuvre d’art est à la fois creuset et reflet, forme
plastique et matérialisation d’une vision.
Certaines oeuvres (La Carte; Paysage émerge_) traitent à proprement parler
d’une mise en espace par l’art du géographique et du lien entre réel et
représentation. D’autres « négocient » la manière dont s’articulent territoires
de l’art et du langage afin de traduire en matière cette chair impalpable qu’est
l’écriture (Figures; L’E en otage). D’autres enfin placent le corps au centre
de leurs dispositifs (Cease-fire;Tank) pour signaler les relations humaines et
dessiner une carte du lien humain, entre union et confrontation.

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Sylvie Barre
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Née en 1972 à Lyon. Vit et travaille à Lyon.
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Cease-fire et Ligature, 2007/2008.
Les Mains, Les Troncs, Le Tambour, 2008.

Dessins, 50 x 60 cm chacun.
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Les Mains,Les Troncs,Le Tambour, 2008. Dessins, 50 x 65 cm chaque
La proposition de Sylvie Barré crée un territoire théma-
tique, formé de six éléments, autour de la notion de l’être ensemble, du
lien entre les choses et les individus. Trois de ses dessins, extrêmement
précis, centrés dans le blanc de la feuille, agissent comme des flashs
fantomatiques, des dessins d’animation, qui suspendent des moments
d’activité humaine et de tension. Le jeu «martial» d’un instrument de
musique et le son qui en émane, la coupe du bois et l’équivalence entre
des troncs coupés différemment, la tension d’un lien humain destiné à
secourir un troisième terme forment des images, toutes en relation avec
un hors-champ à imaginer.
Méthodiquement réalisés à l’épingle, résultats d’une série de piqûre
convoquant violence, fragilité et transparence, Mass, Cease-fire et
Ligatureont également pour origine ces formes du lien et de la suspen-
sion du temps. Tous ces dessins qui, réunis, déterminent un univers
marqué par le collectif, s’offrent alors comme des représentations con-
densées d’actions humaines où la main de l’homme agit sur le déroulé
et la révélation d’un moment.

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Anahita Bathaie
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Née en 1973 à Téhéran. Vit et travaille à Paris.
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L’E en otage, 2007.
Installation et dispositif sonore, 5 minutes en boucle
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Le son est une surface, une matière à tailler avec le souffle
et la voix. Et lorsqu’il se met au service d’un texte énigmatique et d’un
protocole de diction, il devient un véritable matériau qui emplit
l’espace de son étrangeté et de sa spécificité.
Pour L’E en otage,Anahita Bathaie s’est littéralement approprié un de
ses textes de chevet, Connaissance par les gouffresd’Henri Michaux,
qu’elle retranscrit à sa manière. Celle-ci est quelque peu brutale : elle a
enlevé à cette description de paysage, écrite sous mescaline, l’intégral-
ité des E. Cela donne un texte bancal, difficile à lire et à entendre. Cette
opération de soustraction, à l’origine assez intuitive, serait à chercher
dans la difficulté de l’artiste à prononcer la lettre [E] lors de son arrivée
en France. S’agit-il là d’une réécriture a posteriori ? En tout cas, il s’ag-
it bien d’une prise d’otage, ou plutôt d’une séparation physique puisque
les [E] du texte sont rendus d’une autre manière, par une matérialisa-
tion physique. Celle-ci, conçue par l’artiste une fois le poème enreg-
istré, résulte d’une nouvelle appropriation, presque d’un ready-made,
puisque ces [E] proviennent de la découverte d’une valise les con-
tenant. Comme s’ils avaient été rendus à l’artiste pour compléter son
oeuvre. En transcrivant artistiquement un matériau textuel, Anahita
Bathaie donne à entendre les potentialités et la matérialité du son.

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Laurence Cathala
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Née en 1981 à Paris. Vit et travaille à Lyon et Paris.
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Figures, 2007.
Installation, dimensions variables
Lettres en résine acrylique et table en bois.
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Bien que les derniers mots de Figuressoient « et alors, et
soudain, et maintenant, J’oubliais », l’oeuvre de Laurence Cathala
fonctionne en grande partie sur le processus mémoriel. La mémoire est
au coeur du texte, comme de la démarche de l’artiste. En effet, pour ce
dispositif particulier de lecture et de mise en forme de la littérature,
l’artiste s’est souvenue de deux textes marquants : Molloyde Samuel
Beckett et l’inaltérable Du côté de chez Swannde Marcel Proust. À ces
deux textes, elle a fait subir le mélange (des temps, des phrases, des
sujets) et l’ajout (de ses liaisons, de ses mots) dans un geste à la fois
d’hommage et d’appropriation. Comme si la littérature était devenue,
avant tout, une matière. Impression renforcée par cette présentation
horizontale où l’ensemble des lettres moulées par l’artiste elle-même,
selon une technique qu’elle affectionne, forme une surface de travail et
de projection, propice à l’ambiguïté entre un texte à voir et une oeuvre
à lire. Les mots deviennent une matière à ordonner, à poser délicate-
ment. La page se fait ainsi table de l’imprimeur, table de l’écrivain et
table de l’artiste, permettant un va-et-vient constant entre les territoires
de l’art et de l’écriture.`

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Anthony Musso
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Né en 1974 à Sainte-Colombe. Vit et travaille à Lyon.
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Tank, 2007/2008.
Medium, glycero, 40 x 200 cm
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Jouer à la guerre, s’imaginer le tacticien d’un champ de
bataille gigantesque, inventer les outils de la victoire. Telles sont les
tentations bellicistes et enfantines que peuvent provoquer le Tank
d’Anthony Musso. Fabriqué en médium, laqué en brillant, l’oeuvre, à
la fois séduisante et repoussoir, est le résultat d’une cristallisation trans-
formant un élément banal en objet hybride, née d’une compression
visuelle et fonctionnelle. Ce processus d’hybridation est d’ailleurs
récurrent dans le travail d’Anthony Musso. Ici, une fermeture éclair
géante se fait marque de chenille et champ de bataille. Le zip devient
tank tandis que les dents se transforment en autant de silhouettes
humaines, bientôt dévorées par l’avancée inexorable de la machine
meurtrière. Néanmoins, en produisant une réelle ambiguïté formelle et
visuelle, l’oeuvre, sans aller jusqu’à la métamorphose, laisse le specta-
teur libre d’opérer ou non le rapprochement proposé par l’artiste

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Pascal Poulain
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Né en 1972 à La Roche-sur-Yon. Vit et travaille à Lyon.
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La Carte, 2007/2008.
2 tirages Jet d'encre sur papier dot bleu 110 grs, 160 x 197 cm chacun
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Étreindre le réel, lui donner une matérialité envisageable,
telle est l’ambition de La Carte. Mais celle-ci n’est pas exempte d’une
tentative de réappropriation des données du réel afin de le distordre, ou
du moins de lui faire dire autre chose. Ici, l’Europe, des côtes de
l’Espagne aux Carpates, est passée au crible de l’artiste, via une grille
particulière de restitution géographique. La Carte, relevé en colonnes
des noms de villes et de villages, alignés par latitudes et longitudes,
donne naissance à une Europe à la fois précise et nivelée, rationnelle et
sans frontières. Seul le respect de l’appellation locale permet de singu-
lariser des zones géographiques et linguistiques différentes mais con-
tinues. La matière textuelle, soit l’énumération des noms par une
typographie sans qualités, supprime toute hiérarchie entre les zones de
peuplement et quadrille uniformément le territoire européen. Cela
souligne que la perception du réel résulte bien plus souvent de sa
retranscription que de son examen, que le pouvoir de le modeler appar-
tient souvent à celui qui le retranscrit.
Le voyage dans cette Carte, partition géographique, relève autant du
regarder (nous reconnaissons les contours de l’Europe) que du lire
(nous cherchons nos lieux) qui semble très vite prendre un avantage de
perception, grâce à notre fascination pour les noms.

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Sylvie Sepic
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Née en 1968 à Nice. Vit et travaille à Lyon.
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Paysage émerge, 2007.
Installation, polycarbonate, 330 x 240 cm environ
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Partie pour le tout. Face immergée de l’iceberg. Invitation à
la rêverie – et à la plongée. Le Paysage émerge_ou la cristallisation
d’un moment, la suspension d’un mouvement.
Évoquant la mer, thème récurrent dans le travail actuel de Sylvie Sepic,
le Paysage émerge_est un morceau de réel prélevé et reconstitué, un
relief à la fois discret et présent au coeur de l’exposition. Résultat d’un
patient travail de mise en place où l’artiste, tel un moine tibétain
réalisant un mandala, place un à un les éléments de l’oeuvre, Paysage
émerge_est la transposition physique d’une photographie du mouve-
ment des vagues prise en surplomb. Recréation d’un élément de réalité,
l’oeuvre pose des questions d’échelle, d’infini et de perception. Évoca-
tion brillante, elle offre une vision brouillée de la réalité, propice à l’in-
terprétation. Les granulés non fixés peuvent évoquer l’écume, le sel
marin ou les pixels d’une photographie.
Lors de sa première exposition, l’oeuvre dialoguait avec un sol noir, lui
donnant un aspect précieux, céleste, les granulés de polycarbonate
prenant l’épaisseur de diamants. Ici, le contraste plus faible avec le gris
du sol confère à cette cartographie déposée, presque échouée, une
étrangeté brute, moins séduisante mais certainement plus énigmatique.

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 Anthony Musso Tank, 2007/2008     
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 Sylvie Barre & Anthony Musso     
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 Anthony Musso Tank, 2007/2008     
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 Sylvie Barré   Les Mains, Les Troncs, Le Tambour 
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 Sylvie Barré   Les Mains, Les Troncs, Le Tambour, 
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 Sylvie Barre     
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 Sylvie Barré   le tambour dessin  
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 Sylvie Barré   ligature dessin. 
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 Sylvie Barré   les mains dessin. 
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 Laurence Cathala     
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 Laurence Cathala Figures, 2007     
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 Laurence Cathala Figures, 2007     
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 Pascal Poulain La Carte, 2007/2008     
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 Pascal Poulain     
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 Pascal Poulain     
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 Pascal Poulain     
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 Anahita Bathaie L’E en otage, 2007     
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 Anahita Bathaie L’E en otage, 2007     
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 Sylvie Sepic Paysage émerge, 2007     
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 Sylvie Sepic Paysage émerge, 2007