Éric Stephany
"On est enfermés dehors"
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La Maison Neyrand
39, rue Champvert (Parc)
69005 Lyon
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L'exposition à été présentée du 4 au 26 novembre 2006
Le vernissage s'est déroulé le samedi 4 novembre 2006 à 18h30
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"On est enfermés dehors"

Peut-on construire une exposition comme l’on conçoit un bâtiment ?La manière dont un architecte appréhende l’espace à bâtir peut-elle s’identifier à la démarche d’un artiste qui vient habiter un lieu pour y montrer ses œuvres ? L’équivalence sémantique entre les termes et cette idée de l’exposition comme ce que l’on donne à voir, publiquement, dans un espace déterminé le laisse deviner. Et la façon dont Éric Stephany a apprivoisé la Maison Neyrand le confirme.
Sa première rencontre avec le lieu s’est déroulée sur le mode de la réunion de chantier, l’artiste investissant l’espace avec ses plans et ses œuvres. Celles-ci dialoguent avec le bâtiment, en révélant et perturbant sa structure et sa circulation. Choisir où et de quelle manière exposer des œuvres existantes et déterminer les modes d’apparition
de nouvelles propositions, pensées en fonction et en vertu des possibilités et des contraintes de la Maison Neyrand, donne forme à un espace connecté où les significations et les thématiques abordées se lient entre elles, sans découpage, ni déchirure. En ce sens, l’œuvre Tour de force, ceinture éphémère et englobante, métaphore du processus même de l’exposition, constitue le lien entre l’ensemble des œuvres, réalisées entre 2003 à 2006, et identifie un parcours possible de visite.
Le mode de visibilité des œuvres change d’ailleurs de l’une à l’autre : rares sont celles visibles, à la fois, de l’intérieur et de l’extérieur.
De façon emblématique, l’une des œuvres de l’exposition s’intitule Topologieet fonctionne comme un manifeste de la pratique d’Éric Stephany. En effet, ce moulage intime relie les thèmes de la représentation simulée du réel et de la manière dont l’artiste s’y situe mais surtout réfère, par son titre, à l’un des sujets de réflexion privilégiés de l’artiste, la topologie, qu’il essaye de mettre en pratique. La topologie est à l’origine la « branche des mathématiques qui étudie dans l’espace réel les propriétés liées au concept de voisinage et invariantes dans les déformations continues » (Dictionnaire Le Robert). Elle devient dans la sphère de la création plastique un mode pertinent pour examiner les éléments du réel et rendre compte, par le biais d’objets artistiques, des glissements qui peuvent advenir entre des champs disciplinaires contigus. L’exposition permet alors de rencontrer des moments plastiques et visuels, complémentaires et successifs, qui interrogent les notions d’échelle (comment rendre perceptible et compréhensible le réel en le réduisant ou en le symbolisant ?), d’hybridité et de travestissement (comment apparaissons-nous aux autres, à soi ?), ainsi que les relations entre extérieur et intérieur, entre spectaculaire et économie de moyens.
Exposer Éric Stephany pour l’ouverture de la Maison Neyrand, nouveau centre d’art lyonnais, c’est proposer une réflexion où la relation au bâti et l’interrogation sur la place du geste de l’artiste dans la société constituent le cœur de la démarche artistique.

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Parcours de l’exposition

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Tour de force / 2006
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Installation extérieure : structure de praticables.
Dimensions variables : environ 40 mètres.
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La Maison Neyrand est entourée (encerclée ?) par une struc-
ture de praticables, laissant deviner l’action d’un chantier qui commence
ou se termine. Tour de force, 2006, constitue un seuil entre l’extérieur,
la ville et l’intérieur, la Maison Neyrand et l’espace d’exposition.
Le visiteur peut y circuler afin de prendre possession de l’endroit, d’en
comprendre le plan, de ressentir le bâtiment. Cet axe de circulation et
d’exploration, excroissance temporaire, permet également d’observer
les œuvres à distance, d’une autre manière. Avec cette ceinture de prati-
cables, qui lie l’ensemble des œuvres entre elles et qui vient signaler par
une structure éphémère les limites d’un bâti plus pérenne, le parcours
traditionnel de l’exposition se trouve déplacé de l’intérieur vers l’ex-
térieur et conduit à un regard distancé sur ce qui est montré.

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Bande de sécurite / 2006
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Installation : rideau de bande de sécurité de chantier PVC rouge et blanc.
Dimensions : longueur de 4,5 m & hauteur de 3,8 m.
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Entrer dans un espace d’exposition, comme pénétrer pour la
première fois chez quelqu’un, est un acte qui confère à l’intime. L’artiste,
en s’exposant, donne à voir son univers mental ainsi que les interroga-
tions qui accompagnent sa vie quotidienne. À la Maison Neyrand,
l’entrée de l’espace d’exposition est murée par une bande de sécurité,
rappelant le chantier extérieur et invitant à entrer directement dans les
salles latérales. Éric Stephany, artiste, utilise comme matériau pour ses
œuvres des éléments empruntés à l’univers de la construction et à l’archi-
tecture, qu’il détourne nécessairement, comme ici. La bande de sécurité,
objet parasite et ancillaire, devient le sujet principal de l’œuvre,
revendiquée comme objet artistique et décoratif. Ce faisant, un lien visuel
se tisse inévitablement avec les bandes de Daniel Buren.

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Ce qui gronde dans le sous-sol / 2003-2006
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Installation au sol : rebut de plans d’architectes.
Dimensions variables : environ 4 x 4 m
cinq fluos blancs : long de 34 cm & deux fluos blancs : long de 56 cm.
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Dans une salle plongée dans l’obscurité, un tas de plans d’ar-
chitecture est posé au sol, sans souci de les rendre lisibles ni compréhen-
sibles. Éclairés par des fluo blancs, ils forment un magma de transparence
et de réverbération. De nouveau, le matériel de l’architecte devient
le matériau de l’œuvre d’art et perd de sa signification et de son utilité,
pour accéder à d’autres registres, formels et esthétiques. Ce qui gronde
dans le sous-sol, hommage de l’artiste à l’une de ses figures tutélaires,
le plasticien Felix Gonzalez-Torres, connu pour ses « œuvres d’empile-
ment », incarne la démarche topologique mise en pratique par Éric
Stephany. Le croisement des champs et des regards déforme par glisse-
ment et sans violence les existants considérés et modifie ces éléments de
façon économe.

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Topologie / 2005
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Moulage sur feuille d’aluminium pailletée bleue.
Dimensions : 21 x 14 x 5 cm.
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Topologie, moulage intime de l’artiste par lui-même, tentative
focalisée et miniature d’autoportrait, se situe à la frontière des deux
sphères de questionnement d’Éric Stephany : comment représenter le
bâti et se l’approprier, de quelle manière prendre place, en tant
qu’artiste, dans la société ? En reprenant l’idée du plan et de la maquette
et celle de l’empreinte et de la réflexion sur l’ego, cet objet ténu fait de
l’artiste le sujet de la tentative de reproduction, l’origine d’une imitation
à l’échelle 1. La couleur bleue du moulage, associée à la fragilité du
matériau, connote, quant à elle, cet objet, entre relique et reliquat, d’un
caractère éthéré.

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Statements agrafés / 2006
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Installation : trois phrases, lettrages à l’agrafe.
Dimensions variables : longueur : 1,71 m, 1,88 m, 1,87 m
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Trois phrases sont fichées à l’aide d’agrafes d’électricien,
appelées « cavaliers », sur les murs de la salle blanche : “C’est simplement
pour voir ce qui arrive”, “Quand j’aurais circonscrit ma sphère”, “Une fois
l’effet produit il faut partir”. Elles sont extraites de l’ouvrage Formes de vie
de Nicolas Bourriaud et réfèrent aux trois types d’artistes modernes
définies par l’auteur : l’alchimiste, l’artiste sans œuvre, le dandy. En les
exposant et les malmenant dans l’espace d’exposition – les phrases
décomposées et certaines agrafes à terre mettent à mal la pensée d’une
trilogie tutélaire -, Éric Stephany invite à s’interroger sur la place de
l’artiste dans la société, s’approprie, le temps d’une exposition, ces trois
postures et se confronte à une des formes désormais canoniques de
l’expression artistique, le Statement, forme dans laquelle l’artiste offre au
visiteur un état de sa conscience et de sa réflexion.

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Personne ne bouge / 2004
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2058 Tour Eiffel chromées de 5 x 2 x 2 cm.
Plaque d’inox poli (1 x 1 m) & pied en inox poli.
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2058 Tour Eiffel miniatures emplissent le plateau d’un jeu
d’échec. C’est le nombre nécessaire pour saturer l’espace de jeu d’un
mètre carré et conduire à la fragilité et à l’instabilité de l’œuvre.
Référence à la passion de Marcel Duchamp pour le jeu d’échecs qu’il
considérait comme l’une des seules activités dignes d’intérêt, Personne ne
bouge traite de la relation entre l’unique et la reproduction et pose la
question du Monument lorsque celui-ci devient image et symbole.
Après avoir mis les « cavaliers » au mur dans les Statements agrafés, Éric
Stephany encombre l’espace de jeu de monuments en réduction,
empêchant tout déplacement et signalant ce qu’il y a de répétitif et d’a-
porétique dans la course actuelle au monument architectural. Il aura
d’ailleurs pris soin de choisir un monument, la Tour Eiffel, destiné à
l’éphémère.

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Le Bas blesse / 2006
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Cinq pieds-de-biche pailletés.
Dimensions : 50 cm, 70 cm & 1 m.
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Quel regard porter sur les objets et quel statut leur accorder ?
Comment traiter l’équivoque ? C’est la question que pose ce nouvel
assemblage, cet empilement d’objets abandonnés, à disposition. Ces cinq
pieds-de-biche travestis en baguettes de fée par l’application de paillettes
établissent alors la possibilité du passage, de l’infraction, de l’entrée dans
une fiction. En oscillant ainsi entre différents registres et référents, les
éléments du Bas blesserejoignent les éléments architecturaux modifiés en
medium artistique.

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Pluie d’éte / 2004
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Film DV / 4’ 50’’
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Dans Pluie d’éte_, la caméra, utilisée comme un stéthoscope, aus-
culte le chantier d’un musée asiatique. Elle balaye les espaces en con-
struction du chantier alors que ceux-ci subissent les assauts des pluies de
mousson. Le bruit déferlant des gouttes se mêle à celui des voix d’ouvri-
ers et des tiges d’acier noyées qui s’entrechoquent. L’édification humaine
se confronte à la dévastation naturelle et Pluie d’éte_, vanité d’images
mobiles, nous rappelle la menace qui plane sur toute tentative de con-
struction. La bande-son de la vidéo est également le « bruit de fond » de
l’exposition, que l’on entend dans les salles et derrière le rideau d’entrée
de Bande de sécurite_.

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Sans principe ni fin / 2006
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Film DV / 13’40’’
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Sans principe ni finfonctionne comme le double, sec, de Pluie
d’éte_. Dans cette vidéo, la caméra se déplace au-dessus du grill technique
d’un musée en construction. Le travelling avance à tâtons et semble à la
recherche d’une sortie hypothétique. Des taches de lumière et de
couleur marquent la progression de cette déambulation.

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Travesti / 2006
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Peinture murale à la bombe bleue.
Dimensions variables
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L’inscription Travesti, relevée avec de nombreuses autres dans
des lieux d’aisance, est bombée sur le mur.
Elle signale l’importance du thème du travestissement et de l’hybridité
dans les œuvres d’Éric Stephany et constitue une injonction adressée au
visiteur. De quels artifices nous parons-nous pour s’adresser aux autres et
se rencontrer ?

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Texte et parcours de l’exposition par Clément Dirié
Mise en page : Studio Belvédère
Parce que les expositions ne « sortent » pas de nulle part.
Violence Unlimited, Parachute, n°124, Montréal, hiver 2006
Medhi Belhaj Kacem, La Psychose française, Gallimard, 2006
Medhi Belhaj Kacem, Incipit, l’esprit du nihilisme, Ikko, 2006
Nicolas Bourriaud, Formes de vie, Éditions Denoël, 1999
Anne Cauquelin, Fréquenter les incorporels, PUF, 2006

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